Catégorie: Politique

Un regard géostratégique sur la crise du Mali

Depuis la guerre d’indépendance de l’Algérie, en tout cas dès la fin des années 1950, la France poursuit le dessein de créer un « Etat Touareg » dans l’épicentre géologique des immenses ressources hydrauliques, pétrolifères et uranifères du Sahel.  Mais, tant qu’elle parvenait à préserver à son économie un accès privilégié auxdites ressources, notamment grâce à son « influence » stratégique omnipotente dans les Etats de cette région, ce dessein d’instrumentalisation de la carte touarègue lui paraissait peu urgent. Or, au cours de la décennie 2000, la forte poussée sur le marché des matières premières africaines de la Chine en particulier – et des BRICS en général – ; de même que le précédent de la partition du Soudan par « la Communauté Internationale » occidentale, sont autant de circonstances favorables à l’agenda français d’un « Etat touareg ». Le bellicisme atlantiste « décomplexé » du tandem  Sarkozy-Juppé, qui a fait ses funestes preuves en Côte d’Ivoire et en Lybie, est un autre facteur explicatif prépondérant de ce qui se joue actuellement au Mali.

Bien entendu, cette perspective analytique est scrupuleusement enfouie sous un storytelling abrutissant orchestré par les média du Quai d’Orsay (RFI, FRANCE24…) et leurs consorts. Heureusement qu’un internaute très perspicace a bien voulu porter son regard différent, déniaisé, sur les fondements géostratégiques de la crise malienne, au cours d’échanges sur un forum dont nous rapportons l’extrait ci-après.

Généalogie de la xénophobie européenne

Affiche xénophobe d'un parti politique européen (Suisse)

Au fond, la négrophobie n’est qu’une modalité parmi d’autres de la phobie de l’autre profondément ancrée dans la civilisation occidentale. Il n’y a pas d’autre civilisation dont l’histoire est jalonnée d’autant de guerres, entre les Européens/Occidentaux eux-mêmes, entre eux et d’autres. Le Nègre est physiquement et symboliquement l’autre le plus radicalement autre du Blanc. Cela peut suffire à expliquer qu’il ait souffert le plus sévèrement « la férocité blanche ». La phobie de l’Autre que l’on rencontre chez les Blancs est antérieure à la civilisation occidentale, et plonge ses racines dans la civilisation gréco-romaine.

Tant de théories, si peu de pratique…

Stokely-Carmichael, théoricien du black power.

Stokely-Carmichael, théoricien du black power.

On le sait, l’Afrique est au fond d’un gouffre qui ne cesse de s’approfondir jour après jour. Le but de cet article n’est pas de revenir sur les causes. Mais plutôt d’en venir à l’une de ses conséquences. A savoir un questionnement logique sur des solutions à apporter. Un peu partout autour de chacun de nous fleurissent des masses de théoriciens. Qu’ils soient dans la diaspora ou sur le continent, il est aujourd’hui facile de trouver des théoriciens de ce qu’on appelle couramment la renaissance Africaine, ou d’une de ces branches (culture, social, économique, etc…). Essayons de comprendre pourquoi un si grand nombre de courants de pensées existe, pourquoi ils « ne tiennent souvent pas la route« , et surtout pourquoi nous sommes face à si peu d’applications concrètes.

Une histoire de l’Etat et de la démocratie en Afrique

Ngola Nzinga (1582 -1663), l'une des plus grandes leaders politiques africaines à avoir vaillamment combattu les esclavagistes européens.

Si la démocratie consiste en la création par une multitude humaine d’une société politique autonome, fondée en soi et pour soi[1] ; alors l’Afrique Noire possède une expérience démocratique déjà millénaire avant son agression  par l’Europe. Par conséquent, si une question de démocratie se pose aux Africains d’aujourd’hui, c’est essentiellement dans cette histoire politique millénaire qu’ils devraient en puiser les éléments de réponse adéquats ; plutôt que de verser dans un mimétisme amnésique d’expériences politiques étrangères.

C’est indubitablement dans les décombres de l’Afrique ancienne qu’il faut rechercher les matériaux essentiels de la refondation socio-politique de l’Afrique à venir ; évidemment en pleine conscience des circonstances actuelles dites de la mondialisation, qui consistent surtout en l’occidentalisation  du monde. Mais encore faut-il que nous apprenions à connaître et comprendre notre propre histoire politique « précoloniale ».

Famine à l’est : est-ce inévitable ?

Selon Jeune Afrique, l’ONU redoute une famine de grande ampleur frappant l’est du continent africain et qui risque de prendre des proportions inimaginables (sic) !

Il n’est pas normal que dans un continent aussi riche que le continent noir, persistent encore ces problèmes agricoles et climatiques dignes d’un autre âge. Unie, l’Afrique pourrait subvenir au besoin de toute sa population et même plus. Ce ne sont pas les terres fertiles qui manquent ni les bras pour les cultiver, ce qui manque c’est une vraie volonté politique.

Une élite africaine (francophone) immature et irresponsable

Ali Bongo reçu à la Maison Blanche pour avoir soutenu au Conseil de Sécurité l'agression de la Côte d'Ivoire et de la Lybie par la Communauté Internationale des intérêts impérialistes.

Ci-après un texte polémique d’un intellectuel sud-africain consterné par le larbinisme dégoulinant d’Ali Bongo, qui a valu à ce dernier d’être adoubé par Barack Obama et Hilary Clinton, des élites politiques impérialistes parmi les plus actives dans la recolonisation de l’Afrique par la coalition d’intérêts occidentaux, notamment franco-américains. Au-delà du cas désespéré de Bongo-Fils, c’est toute l’intelligentsia françafricaine qui est sévèrement tancée ici ; elle dont la souplesse de l’échine est légendaire, ainsi que Cheikh Amidou Kane vient encore de l’illustrer tout récemment à travers son approbation servile du coup d’Etat perpétré par la France en Côte d’Ivoire.

Pour autant, la simple description d’un état de fait ne constitue pas une explication rigoureuse de ses causes structurelles. Certes, cet article, bien enlevé, est surtout destiné à fouetter ce qu’il reste d’orgueil (à supposer qu’il en reste) aux intellectuels françafricains. Mais il sacrifie aux habituelles simplifications faciles, en présupposant que tous les Africains des colonies françaises sont des idolâtres de Bwana, dont par conséquent les pays méritent le sort qui leur est fait par l’impérialisme occidental.

Cette attitude d’esprit est pour le moins désolante, venant d’un Sud Africain : ce dernier aurait-il oublié le vaste et opiniâtre mouvement de solidarité qui s’était levé partout en Afrique à l’égard de la lutte contre l’apartheid ? Si tous les Africains, dont il prétend aujourd’hui qu’ils méritent leur sort d’asservis, avaient laissé les Sud-Africains seuls aux prises avec l’apartheid, ce régime raciste fomenté par les mêmes impérialistes occidentaux aurait perduré encore quelques décennies. Ainsi, se moquer du sort de ses propres frères, en croyant s’en être « sorti des magnans », est aussi une forme de lâcheté intellectuelle (ou à tout le moins de frivolité) ; laquelle au fond renseigne bien sur l’attitude si ambiguë de Jacob Zuma dans les crises ivoirienne et lybienne…

Haut les coeurs ! Hors de la francophonie, les choses avancent


The East African Community

 

Les bombardements français à Abidjan en Avril 2011 ont ouvert les yeux à nombre d’africains sur la nature de l’impérialisme dans lequel les pays du continent sont maintenus. Cet impérialisme et cette domination prennent des proportions tout à fait stupéfiantes dans les pays dits francophones et qui partagent tous la même monnaie coloniale : le franc CFA.

La zone « francophone »  est dans l’ensemble tenue par des dictateurs féroces mais incapables de faire décoller économiquement et culturellement leur pays. Et quand ce ne sont pas des dictateurs, ce sont des gens entièrement asservis aux intérêts français ou qui n’ont aucune marge de manoeuvre, comme des poissons hors de l’eau. Il y a le Sénégal de Wade, un pays dont la langue officielle est le français alors que l’écrasante majorité de sa population comprend et parle le  wolof. Un pays qui abrite une base militaire française sans qu’il n’y aie aucun débat national sur cette présence militaire d’ordre colonial. Il y a le Mali qui semble bien vivre le fait d’aller mal. Il y a la Côte-d’Ivoire revenue de force dans le giron de la France alors qu’elle tentait maladroitement d’en sortir. Il y a le Gabon de Bongo fils, le Togo d’Eyadema fils, le Congo de Sassou Nguesso, le Tchad d’Idriss Deby, la Centrafrique de Bozizé… Une liste à même de refroidir les plus enthousiastes des afro-optimistes !

La crise ivoirienne aura eu le mérite de tracer une ligne de démarcation claire entre les partisans de la dignité africaine et les partisans de l’asservissement. Une ligne nette entre les partisans de la lutte et les capitulards et autres collabos. Cette crise a mis en ébullition les coeurs de millions d’africains et pour paraphraser Mao, nous espérons qu’il s’agit là de la flamme qui mettra le feu au pré-carré français. Mais si la stituation bien que pleine d’espoir, est morose en zone « francophone », ce n’est pas le cas partout sur le continent où certains pays montrent l’exemple. C’est le cas par exemple de l’Afrique de l’est et de l’Afrique australe qui discutent de la formation d’un immense marché commun.

Lettre d’un Africain-africain à un Africain-américain

LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT BARACK H. OBAMA

Monsieur le Président Barack Hussein OBAMA, je suis un illustre inconnu, militant panafricain. Je me permets de vous écrire, en toute humilité, cette lettre parce que, si moi-même je ne me fais pas d’illusion quant au sort que vouset vos pairs réservez à l’Afrique, je ne veux pas que mes enfants perdent l’espoir de voir la libération de l’Afrique.

Monsieur le Président, vous avez 49 ans, j’en ai 43. Nous aurions pu être voisins dans le même quartier à Brazzaville ou à Kogelo. Nous aurions pu avoir fréquenté en même temps, l’école primaire. Nous aurions pu nous retrouver dans les mêmes amphithéâtres à l’université. Mais, vous êtes né, Africain-américain, je suis né Africain-africain. Nous avons eu des destins différents. Et votre destin, monsieur le Président, est dans la lignée de ces africains qui font notre fierté et, dans la lignée des grands hommes qui ont marqué l’histoire de l’humanité. Mais, voyez-vous, monsieur le Président, ce qui nous uni, vous et moi, c’est ce grand « A » que de Africain que nous portons, avant que d’être de africain ou américain avec un petit « a »

Appel à la résistance contre valets locaux et autres ennemis de la renaissance africaine

La supercherie est terminée, et ils le savent !!

Mais nous, le savons-nous ?  Résistons-nous ?  Et vous, qu’est ce que vous faites ? Cette affaire ne peut pas être que l’affaire de quelques-uns. C’est toute l’Afrique, celle des peuples restés sur le continent, qui doit se lever comme un seul Homme pour résister.

L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte, ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul, de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte des maîtres qui prétendent l’affranchir.  Seule la lutte libère.

« Parce que le conflit, il est partout jusque dans nos relations internationales les plus feutrées. Nous menons et on mène contre nous le combat le plus violent, plus violent même que celui qui a conduit à la disparition de certaines espèces. ». Ainsi parlait L’Wsir Cheikh Anta Diop. Et, ces relations internationales les plus feutrées sont symbolisées, depuis plus de 60 ans, par l’orchestration du système néocolonial par le prisme de la Françafrique pour le plus grand nombre, encore sous l’emprise de la France, 50 ans après l’échec du Panafricanisme de 1963.

« Des territoires qui ne cessaient pas, depuis dix ans, d’aspirer à l’indépendance, la réclament aujourd’hui avec insistance. Faut-il laisser ce mouvement se développer contre nous, ou, au contraire, tenter de le comprendre, de l’assimiler, de le canaliser ? ». ou encore, « J’ai desserré les liens avant qu’ils ne se rompent » Tel était le crédo du Président français Charles de Gaulle.

La France avait réussi par la terreur et l’assassinat des combattants panafricains de l’Indépendance, à placer à la tête de la quasi-totalité des colonies d’Afrique Noire, à l’heure des fausses indépendances, des personnages dont la particularité était leur capacité à courber d’échine.

Ainsi, la France fonde sa politique extérieure sur cette stratégie dont l’objectif central est d’empêcher les anciennes colonies d’Afrique Noire, de vivre de façon libre et indépendante. Pour ce faire, elle repose sa politique africaine sur une logistique dans laquelle elle s’inscrit comme le pays emblématique représentatif du triomphe de l’Occident sur le monde noir.

Cette politique du maintien de l’Afrique Subsaharienne dans une colonisation de type nouveau dit, néocolonialisme, par laquelle la France les utilise dans la plupart des problèmes internationaux pour ses besoins de puissance politique, économique, militaire et culturelle, a été suivi, de manière constante et sans discontinuité, par l’ensemble des président français, depuis De Gaulle jusqu’à Sarkozy.

Aussi, suffit-il seulement qu’un territoire africain se donne lui-même librement ses représentants, pour qu’un tel acte d’indépendance soit ressenti par la France comme une agression.

Sékou Touré en Guinée, jugé coupable d’avoir dit non en 1958 à la Communauté franco-africaine en fera les frais. Le président Sylvanius Olympio au Togo n’en a pas échappé. Thomas Sankara complète la longue liste de ces héros.

Le dernier épisode de cette série est entrain de se jouer devant nous, par la tentative de hold-up électoral de la Françafrique d’imposer Alassane Ouattara comme Président de la République au Peuple Africain de Côte d’Ivoire. Cette fois-ci, nous ne pourrons dire : « nous ne savions pas ».

Reflexion sur la prise de conscience des masses populaires : La quadrature du cercle

Comment sortir de cette quadrature du cercle qui est que, les intérêts privés des régimes corrompus qui sont de perpétuer l’ordre établi par la néo-colonisation, se trouvent en contradiction avec l’intérêt général des masses, dont ces mêmes régimes sont en charge d’apporter les formations nécessaires, par les politiques d’éduction nationale appropriées et adaptées aux réalités du continent ? 

Aujourd’hui, comme hier, les idées panafricaines connaissent un bouillonnement intellectuel et, le sentiment d’une imminence de prise de conscience générale se fait de plus en plus sentir. Au vu de l’actualité brulante du continent, il apparaît de plus en plus que le recours à la diaspora pour faire bouger les lignes et les régimes en place deviennent une nécessité.

En effet, tout le monde salut aujourd’hui, la révolution de jasmin en Tunisie et s »’accorde reconnaître à la fois le rôle des nouvelles technologies de communication mais aussi, le rôle de la diaspora dans l’accompagnement de cette révolution qui a emporté le régime de Ben Ali. 

Sur le reste du continent, cette soif de changement à du mal à prendre corps tant les voix des peuples sont sous une chape de plomb. Si dans la diaspora les langues sont plus facile à délier sur la nature des régimes en place et les liens de subordination envers les anciennes puissances coloniales, il en est autrement pour ceux qui sont sur le continent, du fait de la pression sociale et politique sur les libertés individuelles.  Les récentes disparitions tragiques de journalistes dans certains pays sont là pour nous rappeler que le risque n’est pas nul de devoir payer au prix fort, certaines prises de  positions, quand on vit sur le continent. 

La problématique se pose donc en ces termes : Es-ce que c’est une question d’absence de prise de conscience des populations ou es-ce une question d’absence d’espace et de liberté d’expression qui fait que, sur le continent, les choses ne bougent ? 

Il y a sans doute une part des deux. Si les restrictions d’espace de liberté d’expression sont une réalité, nous constatons également que nombreux y compris des jeunes générations cèdent aux sirènes des régimes en place et contribuent ainsi à perpétuer un ordre établi de domination, d’expoliation et d’exploitation de la plus grande masse, sacrifiant l’intérêt public pour la défense de quelques privilégiés, un ordre destiné à produire autant de potentiel « troisième homme ». 

Dans ces cas, que peux faire la diaspora éclairée et consciente ? La réponse naturelle est qu’il faut faire en sorte que la plus grande masse prenne conscience de l’intérêt général et, par la pression sociale, impose les changements de comportements et de mentalité des élites dirigeantes.  Pour y arriver, il faut que cette masse populaire soit formée pour comprendre et saisir les grands enjeux au-delà de sa propre condition. 

Or, qui doit former cette masse ? En partie, ce sont les pouvoirs publics qui par l’éduction nationale, doivent apporter les formations de base qui permettraient d’assoir une culture et une conscience nouvelle de l’intérêt général. Cette évidence est en vérité une quadrature du cercle car, former les masses populaires afin de leur permettre de défendre au mieux leurs intérêts et l’intérêt général revient à exiger des pouvoirs en place de scier les branches sur lesquelles ils sont assis. 

C’est parfois la non prise en compte de cette réalité qui donne l’impression d’un décalage entre la diaspora formée et consciente et, les masses populaires sur le continent ce qui explique que la plupart du temps, les changements viennent, non, pas de stratégies élaborées par la diaspora mais, de l’intérieur du continent où les régimes finissent par craquer pour avoir exercé une trop forte pression sociale. 

Pour sortir de cette quadrature du cercle, il sied à cette diaspora consciente, au-delà des incantations, d’élaborer des stratégies de prise de contrôle des pouvoirs en place ou de prise du pouvoir, conditions sine qua none du vrai changement attendu par les peuples pour la défense des intérêts afrocentrés du plus grand nombre.

Shmsw-Hr, Unu maa.